mardi 9 février 2016

La boue et le marchand de chaussures de chez André

Désormais, là où nous vivons, nous vivons avec la boue. Il y a des raisons très logiques à cela : nous vivons dans un environnement humide, proche d'étangs, de forêts marécageuses, dans un ancien moulin. Chaque jour, le petit chemin de terre devant la maison voit défiler tracteurs et voitures de bûcherons.

Pour te dire, j'ai même dû me résoudre à avoir ma paire de chaussures propres dans ma voiture!

Les poneys s'en donnent à coeur joie. Dès que le pansage est terminé, c'est retour à la case départ avec de belle roulades dans la boue. Parfois, il suffit d'une minuscule caresse pour en avoir sous les ongles... et oui, j'aime beaucoup les grattouiller.

Alors, oui, j'ai souvent les ongles pleins de boue (quand ce n'est pas plein de peinture.)


J'avais envie, cher Monsieur du magasin de chaussure de te dire ce que je n'ai pu te dire immédiatement (mélange de timidité et de honte sans doute.) Tu m'as regardé avec dégoût et j'ai vu le film se dérouler dans ta tête. J'ai vu ton pied partir en arrière avant même que tu décides de te détourner de moi. Te détourner de la saleté qu'on ta appris à juger comme non hygiénique. J'aurais pu te refiler le choléra, qui sait?

En fait, j'aurai pu te refiler pire que ça : le sentiment d'être en vie.

Car cette boue signifie tellement pour moi. Laisse-moi te l'expliquer.

Sais-tu que la terre, et la boue furent sacré pendant des milliers d'années? La terre, source de vie, celle qui t'alimente, jour après jour? La boue, en fait, a été tellement vénérée, que la Bible en a tiré la légende de création de l'Homme, de l'humanité, de toi, donc. Oui... Dieu, aurait glissé ses mains dans la glaise et aurait ainsi sculpté Adam. Nul doute qu'il s'est retrouvé avec de la boue sous les ongles!

Quand je regarde mes mains, que je vois ces ongles, je vois tout ce que j'ai fait de ma journée. Je vois ma chance. Je vois l'encolure que j'ai touché. Je vois le bois que j'ai cherché avant de le rentrer dans le salon. Je vois le bleu de prusse que j'ai appliqué en dansant sur Florence + the machine. Je vois le pantalon de mon enfant, couvert de boue et tellement mouillé que j'ai dû lui enlever (et il ne m'a même pas aidé, il gigotait de bonheur et criait pour y retourner.) Bref, je vois un rêve devenu réalité.


Mais toi, tu n'as pas eu la chance de voir tout ça.

Et ce n'est pas vraiment grave.

Mais tu m'as fait de la peine, tu sais. Parce que je me suis dit, que la femme sauvage n'a pas encore un environnement idéal pour faire son grand retour.

Elle est forte vois-tu, elle le fera tout de même.

Elle lancera son soutien gorge au vent.

En plantera ses talons dans une vieille souche et les laissera là.

Elle se mettra alors à courir, se rendant compte qu'elle n'avait jamais vraiment senti le battement du sol sous ses pieds nus.

Elle prendra à droite, suivant un hululement qu'elle seule aura pu entendre.

Elle tombera et se relèvera toujours.

Et les doigts maculés de boue, elle tentera de démêler ses cheveux. Elle laissera tombé, parce qu'elle s'en fou maintenant.

Et toi, tu comprend trop tard que la boue ça peut même être super sexy... tu n'aura plus de job, tu ne vendra plus de chaussures à ces femmes libres et pied nus dans la boue.

(Moi?! Oh, moi ça va! J'ai craqué chez Minelli à la place...)

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